Mars 1927. Ettore Bugatti dévoile ce que beaucoup considèrent encore comme le summum de la voiture de course d’avant-guerre : la Bugatti Type 35B. Née de la fusion entre la cylindrée allongée de la Type 35T et le compresseur Roots de la Type 35C, cette machine incarne une forme de perfection mécanique rare. Je me souviens avoir lu pour la première fois ses spécifications techniques et ressenti la même fascination que face à un sommet aperçu au loin depuis un col montagneux : quelque chose d’inaccessible, mais d’absolument réel.
Une genèse technique hors du commun
La Type 35B repose sur un moteur de 2 262 cm³, avec un alésage de 60 mm et une course de 100 mm. Sa puissance atteint 140 chevaux à 5 500 tr/min, propulsant la voiture à plus de 215 km/h. Pour 1927, ces chiffres sont stupéfiants. La voiture ne pèse que 750 kilogrammes, ce qui rend chaque cheval particulièrement efficace.
Le secret de cette performance tient en grande partie au compresseur Roots à trois lobes, développé par Ettore Bugatti et l’ingénieur italien Edmund Moglia. Ce système fait l’objet du brevet français numéro 576.182, déposé le 22 janvier 1924. L’alimentation s’effectue via deux carburateurs Solex DV46 ou Zenith 48K741, selon les configurations. Le collecteur d’admission est chauffé par le liquide de refroidissement, ce qui améliore simultanément l’efficacité thermique du moteur et la gestion des gaz.
Visuellement, la Type 35B se distingue sans peine de ses cousines. Son radiateur passe de 270 mm à 350 mm, le capot arbore deux rangées d’ouïes latérales, un clapet de décharge du compresseur trône en partie haute, et le double échappement confirme le tempérament de la bête. Les jantes en aluminium coulé à huit rayons plats, avec cerclage tenu par 24 vis à tête bombée, intègrent de petits tambours de 270 mm sur des pneus de 19 pouces. Une conception pensée pour le refroidissement des freins comme pour l’esthétique.
L’essieu avant, forgé, creux et poli, est l’un des détails qui me captivent le plus. Il pèse environ 10 kilogrammes grâce à sa structure allégée, réduisant les masses non suspendues avec une efficacité digne des meilleures pratiques modernes. L’acier utilisé provenait des usines de Sheffield, en Angleterre, réputées pour leur qualité métallurgique irréprochable.
| Caractéristique | Type 35B |
|---|---|
| Cylindrée | 2 262 cm³ |
| Puissance | 140 ch à 5 500 tr/min |
| Vitesse maximale | + de 215 km/h |
| Poids | 750 kg |
| Production | 38 exemplaires (1927-1930) |
Un palmarès qui parle de lui-même
38 exemplaires seulement ont quitté l’usine entre 1927 et septembre 1930, le premier étant le châssis numéro 4817. Pourtant, la Bugatti Type 35B a marqué les circuits d’une empreinte bien supérieure à ce que ce chiffre modeste laisse imaginer. La stratégie d’Ettore Bugatti était audacieuse : vendre ses bolides à des pilotes privés, là où les autres constructeurs réservaient leurs machines à leurs équipes d’usine. Résultat ? Plus de 2 000 victoires en compétition pour l’ensemble de la famille Type 35.
La Targa Florio 1928 reste l’un des moments les plus emblématiques. Albert Divo remporte la course au volant d’une Type 35B, mais c’est Elizabeth Junek qui retient davantage l’attention des historiens. Cette pilote tchèque, engagée sur le même modèle, dépasse plusieurs concurrents masculins et termine cinquième, à seulement 9 minutes du vainqueur, malgré une défaillance de sa pompe à eau et une crevaison. Une performance qui force le respect, dans une époque où la présence féminine sur les circuits était rarissime.
Pour réussir l’homologation technique d’une telle machine aujourd’hui, il faudrait jongler avec des réglementations que ses concepteurs n’auraient jamais imaginées. La Type 35B utilisait d’ailleurs un carburant de qualité aéronautique pour atteindre sa puissance maximale, ce qui dit long sur ses exigences.
Parmi les atouts qui expliquent cette domination en course, on retiendra :
- Un comportement en virage précis et rassurant, même à vive allure
- Une fiabilité supérieure à la concurrence de l’époque
- Des freins à tambours intégrés dans les roues, inspectables rapidement lors des changements de roues
- Une manœuvrabilité favorisée par la légèreté de l’ensemble
Valeur, répliques et marché actuel
Le prix d’une Type 35 neuve s’élevait à 160 000 francs à l’époque, soit une somme réservée à une clientèle très aisée. Aujourd’hui, une Type 35B authentique se négocie entre plusieurs centaines de milliers et plusieurs millions d’euros selon l’état, l’historique et la traçabilité du châssis. Si vous cherchez à estimer la valeur d’un véhicule de collection, les méthodes classiques s’appliquent peu ici : chaque exemplaire possède une histoire propre.
Le marché compte aussi de nombreuses répliques. L’entreprise Pur Sang Argentina, basée en Argentine et spécialisée depuis plus de vingt ans dans la recréation de modèles mythiques d’avant-guerre, produit des reproductions fidèles à l’identique. Ces répliques séduisent par leur accessibilité relative, même si elles ne sauraient remplacer l’authenticité d’un original documenté. Pour filmer vos sorties avec ce genre de joyau lors d’événements, pensez à privilégier une dashcam adaptée à votre usage.
La production totale de toutes les variantes (Type 35, 35A, 35C, 35T, 35B, 37, 37A, 39 et 39A) oscille entre 630 et 640 exemplaires selon les sources, certaines n’attribuant que 340 véhicules à la seule Type 35. La Type 35B, officiellement baptisée “Type 35TC” (Targa Compressor) avant que l’appellation 35B ne s’impose via le bureau d’études, a été progressivement supplantée à partir de 1931 par la Type 51.
Pour les passionnés qui rêvent d’entretenir une telle machine au quotidien, même une voiture moderne bien plus sobre pose ses défis. Savoir maîtriser sa consommation de carburant reste un art en soi, quel que soit le moteur. La Type 35B, elle, ne se souciait guère d’économie : elle ne connaissait qu’une seule direction, celle de la ligne d’arrivée.

